CEPR : Les Evêques ont reçu en audience le ministre rwandais de la Justice en demande de collaboration dans la réinsertion communautaire des prisonniers.

Lors de leur deuxième session ordinaire de 2019, les Evêques membres de la Conférence Episcopale du Rwanda (CEPR) ont reçu ce mercredi, le 8 mai 2019, le ministre rwandais de la justice, Johnston Busingye.
Ce dernier a vivement exprimé son désir de collaborer avec l’Eglise catholique dans la préparation des prisonniers à leur réinsertion sociale et familiale. Bien que sa demande ait été bien accueillie, les Evêques ont demandé l’accès officiel de l’Eglise Catholique aux prisons afin que la collaboration ait lieu dans un climat favorable.

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En compagnie de la Commissaire Générale Adjointe du Service Correctionnel du Rwanda (RCS), DCGP Chantal Ujeneza et du Chef de la Division correctionnelle au RCS, CP Jean Bosco Kabanda, le ministre Busingye a tout d’abord salué les initiatives de l’Eglise catholique dans ce domaine. « Je suis venu vous demander cette collaboration sous les encouragements de ce que j’ai vu l’Eglise catholique réaliser dans la prison de Musanze, » a-t-il dit.

En appuyant sa demande, le ministre de la Justice a révélé aux évêques son opinion selon laquelle son ministère souhaitait que les prisonniers changent d’avis à propos de leur incarcération et que la société rwandaise modifie également son comportement devant un prisonnier. Selon lui, pendant la période coloniale, la prison était un endroit où le colon plaçait des personnes jugées nuisibles à la société. Celles-ci devraient y subir le moindre préjudice possible, les surveillants étant également formés à cette cause. « Nous voulons que cela change, que nos prisons soient des lieux de correction et de transformation positive. Pour cela, nous comptons beaucoup sur la contribution de l’Eglise catholique et des confessions religieuses », a souhaité M. Busingye.

La collaboration existe mais elle doit être officialisée.

Les évêques ont accueilli favorablement cette demande et ont indiqué que cette collaboration existait, mais ont souhaité qu’elle soit améliorée.
« Nous sommes très heureux que vous ayez fait cette demande. Comme tous les chrétiens, nous avons le devoir de rendre visite aux prisonniers et de les aider, et nous le faisons très souvent », a déclaré Mgr Philippe Rukamba, Evêque de Butare et président de la CEPR.

Soutenant la déclaration de son confrère, Mgr Servilien Nzakamwita, évêque de Byumba, a énuméré les activités par lesquelles l’Eglise manifeste sa contribution au changement de comportement des prisonniers. « Parmi tant

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d’autres, nous les accompagnons dans le processus de réconciliation avec eux-mêmes afin qu’ils puissent endosser leur culpabilité et demander pardon », a-t-il dit. Néanmoins, les évêques déplorent le manque de flexibilité dans le travail avec les services pénitentiaires du Rwanda. Ils se plaignent que dans certaines prisons, lorsque les agents pastoraux tentent d’approcher les prisonniers pour les écouter et les préparer aux sacrements, comme le sacrement de réconciliation, les autorités de ces prisons commencent à les soupçonner d’avoir des objectifs cachés.
« Nous souhaitons que cette collaboration soit officialisée afin que nous n’ayons pas à hésiter lorsque nous voulons aider nos compatriotes dans les prisons  », a déclaré l’archevêque émérite, Mgr Thaddée Ntihunyurwa.

Ne pas confondre la philosophie de la justice avec celle de la correction

Selon Mgr Thaddée, lorsque l’Eglise guide le prisonnier sur le chemin de la réconciliation avec la personne à qui il a infligé le mal, elle l’aide en même temps à se réconcilier avec Dieu. Toutefois, Mgr Smaragde Mbonyintege, évêque de Kabgayi, ajoute que le prisonnier ne devrait pas être obligé de demander pardon. Il lui faudrait ressentir en lui-même et par lui-même ce besoin d’une demande de pardon. Sinon, il y en aurait qui ne feraient que ‘suivre la vieille vache’ ou le feraient pour des intérêts narcissiques. « Ne confondons pas la philosophie de la justice avec celle de la correction », a averti Mgr Smaragde. Il déplore le fait que certains prisonniers qui, après avoir été emprisonnés par la loi, s’emprisonnent aussi en s’enfonçant dans le mal au lieu d’être corrigés.

L’Eglise catholique a toujours aidé les prisonniers, par l’intermédiaire de la Commission Episcopale Justice et Paix et des prêtres aumôniers des prisons, en sensibilisant les fidèles à ne pas abandonner les leurs qui sont en prison et en s’occupant de l’éducation morale. En 2017, par l’entremise de son Bureau National de Catéchèse (BNC), la CEPR a publié un document intitulé "Amasomo y’Iyobokamana y’Abari muri Gereza". L’Eglise catholique au Rwanda prépare également les chrétiens à accueillir et intégrer dans leurs communautés ecclésiales de base les personnes sortant des prisons.

Un grand nombre de prisonniers bientôt libérés.

Dans les trois prochaines années, le Rwanda prévoit la libération d’un grand nombre de prisonniers. Selon le ministre Busingye, leur bonne préparation à une réinsertion sociale leur donnera également une troisième chance de changer leur vie en une vie sans crime. Récemment, dans le cadre de la 25e commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, le président de l’IBUKA, Dr Jean-Pierre Dusingizemungu, se trouvant dans les limites de l’ex-ISAR Rubona dans le district de Huye, a demandé aux participants de s’attendre à une libération massive des condamnés du génocide. Il les a invités à avoir une bonne cohabitation avec eux. Cependant, il a regretté mauvais comportement de certains condamnés du génocide qui avaient été libérés auparavant. Il a, en effet, recommandé une préparation approfondie avant leur rentrée dans la communauté.

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Le 5 février 2019, à la prison de Musanze, le ministre Busingye Johnston a officiellement lancé un projet visant à autonomiser les femmes et les jeunes qui sont sur le point de purger leur peine en prison.
Dans le cadre de ce projet, des conseils psychologiques sont fournis et des compétences pratiques acquises de sorte que les détenus libérés puissent créer des activités génératrices de revenus pour aider leurs familles, dans le but de réduire le taux de récidive. Il est mis en œuvre grâce à la collaboration entre les services pénitentiaires rwandais, le diocèse catholique de Byumba et OXFAM.

Plus de 70% des prisonniers ont moins de 50 ans

Selon DCGP Chantal Ujeneza, le plus grand nombre de personnes incarcérées dans les prisons ont moins de 50 ans. A partir de là, le ministre Busingye estime que la force de ces personnes reste un besoin pour l’avenir du pays, puisque l’espérance de vie des Rwandais a augmenté. Pour ce faire, ils doivent être corrigés et éduqués de manière à pouvoir retourner dans leurs familles en proposant beaucoup plus de solutions que de charges. Pour cette vision, les évêques et le ministre Busingye ont convenu que, mis à part la préparation morale des détenus à la fin de leur peine, il faudrait accorder une plus grande attention à leur formation dans différentes professions et à l’acquisition d’autres connaissances utiles pour la société rwandaise.
« Aidez-nous donc à faire en sorte que les prisonniers libérés soient utiles à la société rwandaise. Je sais que cela nécessite beaucoup de moyens financiers, mais lorsqu’il y a des initiatives et de la collaboration, les moyens ne manquent pas », a conclu le ministre rwandais de la Justice, Johnston Busingye.

Telesphore K.
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