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Gikongoro: Célèbration du double jubilé: 25 ans de la création du Diocèse et du sacerdoce de son Evêque

Entetien avec Mgr Célestin HaKizimana, réalisé par JMV Uwitonze/DOCICO

Durant ces 25 ans, Mgr Célestin Hakizimana, estime que la chrétienté a augmenté en chiffre et en beauté. Les infrastructures de base ont été installées, les écoles créées et d’autres renouvelées. Les Centres de santé construits et améliorés pour le bien de la population. Par ailleurs, les chrétiens dansMgrCel1 plusieurs coins du diocèse font encore plus de trois km pour arriver à la paroisse. Ils sont confrontés à de multiples défis pastoraux, dont la prolifération des sectes et les séquelles du Génocide contre les tutsi de 1994. Qu’en est-il des perspectives?
Kibeho devient de plus en plus un lieu national, régional et voir international de pèlerinage religieux, et par conséquent, une tentation pour des projets à tendance économique et folklorique. Comment le Diocèse doit-il se comporter pour ne pas sacrifier du religieux?
Ordonné prêtre le 12/07/1991 et puis évêque le 24/01/2015, Mgr Célestin H, succède à Mgr Augustin Misago, quelqu’un qui était sage, intelligent et pratique. Connaissant l’ampleur de sa nouvelle mission, il choisit comme devise “Duc in altum”: avance en eau profonde. Avec deux ans et demi, Mgr Célestin est plein d’espoir, d’expérience et de projections pour relever son diocèse des enjeux d’ordre pastoral, économique et social. Mais la question reste, quelle est l’étape suivante, au lendemain de ces jubilés? (le 01/07/2017). Il a répondu à nos questions.
DOCICO : Votre Excellence, Vous célébrez le jubilé d’argent de vote diocèse. Quel est le bilan ?
Mgr Célestin: Le bilan c’est grande chose, mais on peut le diviser selon les secteurs. Le Bilan pastoral, le bilan matériel, et le bilan des ressources humaines.

En partant du bilan pastoral : Je dirai qu’en créant un diocèse, on vise surtout la proximité des gens. C’est la première chose. Le diocèse a été proche des gens. Ils ont vu leur diocèse créé. Au milieu d’eux il y avait l’évêque. Un évêque au milieu de son peuple. Il y a certainement des infrastructures qui accompagnent la création d’un diocèse. C’est cette proximité qui est le premier résultat : les prêtres et l’évêque se sont rapprochés des chrétiens. Les paroisses se sont augmentées. Au départ il n’y avait que 4 seulement, maintenant il y a 13 paroisses.
Au niveau des infrastructures: il y a des écoles qui ont été créées et augmentées en nombre et en qualité, parce que un service des écoles a été créée à Gikongoro, alors qu’avant il se trouve à Butare. Il y a aussi un renouvellement qui se fait au niveau de la qualité d’enseignement.
Les Centres de santé ont augmentés. Aujourd’hui nous avons 11 Centres de Santé de l’Eglise catholique. Avant ils étaient trop peu nombreux, et chaque année ils augmentent.
Au niveau de la pastorale et des Sacrements : les chrétiens ne font plus beaucoup de Kilomètres pour aller à la paroisse ou au diocèse. Les distances sont diminuées, le nombre des chrétiens a augmenté. Maintenant, le Diocèse compte 43% de chrétiens baptisés de la population totale, mais il faudra redoubler d’efforts pour arriver à plus 60% des baptisés. Parlant des temps forts du Diocèse ;
Le premier moment heureux, c’est la nomination de son premier évêque. Les apparitions de Kibeho acceptées par l’église universelle qui méritent une attention particulière des chrétiens. C’est un fumier qui a fertilisé beaucoup de chrétiens. Kibeho est devenu un lieu de pèlerinage diocésain, national et même international. On peut aussi souligner l’augmentation des prêtres. Ils se sont multipliés par 10 ou 15. Avec la création du diocèse, il y avait peu de prêtres, avec le génocide contre les Tutsi, il y a des prêtres qui ont été tués, et d’autres se sont réfugiés à l’extérieur du pays. L’Evêque n’est resté qu’avec 4 prêtres. Maintenant, nous arrivons à 54 prêtres dont 13 à l’extérieur et 41 qui sont sur place. Ce sont ces mêmes moments heureux et important pour le diocèse que l’on peut souligner pendant ces 25 ans.
Les moments douloureux n’ont pas manqué et ceux-ci ont affaibli le diocèse : Notamment le génocide contre les tutsi de 1994 qui a détruit et pillé le diocèse en ressources humaines et matérielles. Le diocèse en a été touché, étant donné que beaucoup de chrétiens ont été tués et, ce qui est le plus malheureux par d’autres chrétiens et dans les églises. Il y a des Paroisses qui ont été plus frappées, qui ont souffertplus que d’autres. On peut souligner les Paroisses de Kibeho, Kaduha, Cyanika, Muganza et la cathédrale de Gikongoro. La Chrétienté de ces paroisses exige une approche pastorale particulière pour panser les plaies encore fraiches, pour guérir les blessures et les traumatismes. Nous avons commencé et nous devons continuer. Même après la guérison des blessures, il reste quelques signes, quelques cicatrices mais nous osons dire que petit à petit nous sommes en train d’arriver à la réconciliation entre les chrétiens et les populations de ces paroisses. En ce moment de préparation du jubilé, beaucoup de chrétiens ont été touchés. Ils commencent à être une chrétienté vive, pleine de zèle apostolique et évangélique.
D’autres moments forts et douloureux, ce sont l'emprisonnement du premier évêque du Diocèse (qui a passé 15 mois en prison) et sa mort inopinée (12 mars 2014).
DOCICO : Le diocèse de Gikongoro, le dernier des diocèses du pays depuis 25 ans. Il est issu des paroisses détachées d’autres diocèses (Kabgayi, Butare et Nyundo). Qu’en sont des effets ?
Mgr Célestin : Oui. Notre diocèse est composé de paroisses détachées d'autres diocèses. Nous pouvons avoir des effets négatifs et/ou des effets positifs. Ce qui est positif, d’abord c’est la complémentarité. Du choc des idées jaillit la lumière. Alors la richesse de ces diocèses est partagée par nos paroisses. Pour des effets négatifs, il y a des bienfaiteurs qui se limitent à des frontières des districts ou à des frontières de ces diocèses limitrophes et beaucoup de fois ces paroisses qui sont à la frontière souffrent de cette limitation des bailleurs.
Autre chose, c’est que les façons de faire de ces diocèses diffèrent des nôtres. Souvent on voit qu’il y a tendance à vouloir comparer, alors que chaque diocèse est indépendant. Quelquefois, ça peut être une faiblesse dans un contexte, et dans un autre une richesse.
DOCICO : Deuxième évêque du diocèse succédant à Mgr Misago: Sentez-vous son absence? Ou du moins une continuité pastorale?
Mgr Célestin: Certainement oui, j’ai succédé à Monseigneur Misago. Deux ans et demi après sa mort, cette absence se fait sentir. Chaque personne qui meurt, sa place reste vacante. Nous sentons son absence comme pour toute personne chère qui meurt, une personne spéciale comme Misago qui était capable, intelligent et avec beaucoup de dons. Il y a certainement une continuité. Parce qu’il a mis des fondations solides au service du diocèse, et tout n’est pas parti avec lui. Nous pouvons construire notre avenir à partir des fondations qu’il a posées. Par exemple le livre "Tugendere hamwe" (: Marchons ensemble). C’est un héritage pastoral et la Conférence Episcopale du Rwanda est en train d’y travailler afin que ce livre devienne un outil national de pastorale, une ligne de conduite pour toutes les paroisses du pays.
DOCICO: Vous avez ouvert un petit séminaire propre au diocèse. Une priorité promue lors de votre nomination épiscopale. En quoi cela est-il une priorité du diocèse ?
Mgr Célestin : Oui, le projet du petit séminaire me tenait à cœur, c’était aussi le souhait des chrétiens. Lors de mon ordination, le représentant des chrétiens qui a prononcé le discours avait demandé d’ouvrir un petit séminaire. Le rôle d'un petit séminaire se conçoit bien. C’est une pépinière des futurs prêtres, une maison de formation des futurs prêtres. On ne peut pas garantir que tous ceux qui le fréquentent deviendront prêtres. Puisque Moi-même j’ai fait le petit séminaire, je connais ses avantages. On donne une éducation de qualité et une formation intégrale de l’homme. Même celui qui ne continue pas au grand séminaire, il est formé comme chrétien, quoi qu’il aille où il veut, dans les universités ou ailleurs, on peut attendre de lui, qu’il sera un bon laïc. En créant une famille, son fils ou son petit-fils peut bien devenir prêtre, sinon un chrétien convaincu et pratiquant.
Le grand séminaire accueille les gens qui viennent des autres écoles, la différence se fait remarquer. Celui qui fait le grand séminaire après avoir fréquenté le petit séminaire, c’est une continuité et sa formation est plus aisée par rapport à celui qui vient de l’extérieur.
DOCICO:Vous avez choisi comme devise épiscopale « Duc in Altum ». Déjà à peu près trois d’épiscopat. Ressentez-vous l’ampleur de votre choix ou il est très tôt d’en parler ?
Mgr Célestin: Quand quelqu’un prend une devise, soit un prêtre ou un évêque, il le fait pour lui-même et pour la communauté. Moi, en choisissant la devise « avance en eau profonde », c’était pour moi-même d’abord comme évêque et c’était aussi pour tout le diocèse. J’avais l’intention de pousser chaque membre du diocèse de Gikongoro, à entrer profondément dans notre vie chrétienne. Je sens que la devise est en train de fonctionner, partout où je vais dans les paroisses, on le chante, chacun l’a mémorisé. Pendant cette année du jubilé, nous avons profité, et réfléchi là-dessus, pour être des praticiens partout où nous sommes. C’est encore certainement tôt, mais quelque chose a commencé à pousser, à fleurir.DOCICO: Vous fêtez 25 ans de sacerdoce. Quelle est votre expérience ?
Mgr Célestin : Mon Expérience de 25 ans! Aujourd’hui j’ai voulu combiner les deux jubilés. J’aurai dû fêter mon jubilé d’argent sacerdotal l’année passée, mais je n’ai pas voulu faire deux fêtes dans un diocèse pauvre. Quand j’ai été ordonné prêtre, j’avais pour devise «Il faut qu’il croisse, que moi je diminue», «Que rendre au Seigneur pour le bien qu'il m'a fait! » Pendant ma vie sacerdotale, je continue à réfléchir sur cette phrase de Jean Baptiste qu’il a prononcé à l’égard de Jésus. La Spiritualité de l’effacement, de l’humilité. J’ai essayé tant bien que mal de vivre cette spiritualité. Dans ma vie sacerdotale, des expériences malheureuses, joyeuses comme dans toute autre vie il y a des hauts et des bas. J’ai fait tout ce que je pouvais grâce à l’aide du Seigneur, ce ne sont pas mes propres forces qui me font ce que je suis. C’est le don de Dieu.
Avec 3 ans d’épiscopat, c’est une expérience nouvelle. Je suis en train d’apprendre. C’est une expérience heureuse de vivre avec les chrétiens, de vivre avec des prêtres et de vivre avec d’autres évêques plus grands que moi.
DOCICO: Que faites-vous pour le Sanctuaire de Kibeho, face à l’envie d’en faire un lieu touristique à tendance commerciale.
Mgr Célestin : Oui, Kibeho comme je l’ai dit, c’est un lieu de pèlerinage diocésain, national et international. Un lieu visé par tout le monde, l’Eglise et le Gouvernement. Notamment, RDB propose Kibeho comme un lieu de pèlerinage touristique et nous, comme un lieu saint de pèlerinage. Ce n’est pas contradictoire mais plutôt complémentaire. Ce que nous devons faire, c’est devancer les autres intervenants pour offrir un cadre de travail religieux évitant que les maisons profanes, par exemple les lieux de dancing, des hôtels envahissent la région au détriment du religieux, ce qui empêcherait les gens de prier tranquillement. Nous sommes en train de tout faire pour délimiter l'espace du Sanctuaire, pour favoriser la tranquillité et le calme pour les gens qui prient. Et de laisser à l’extérieur, aux limites du sanctuaire, ce qui revient au folklorique car aussi ces gens qui y viennent ont besoin de logements et quelques moments de détente. Nous travaillons étroitement avec RDB, chacun connaissant ce qui revient à son domaine pour favoriser le religieux et ce qui est du tourisme pour que nous ayons des infrastructures complètes et des services compétents à ceux qui viennent à Kibeho.
DOCICO : Deux petits commentaires : Le lendemain des jubilés, quelle est l’étape suivante ? Et puis qu’a été l’écho de la pluie abondante juste à la fin des cérémonies de votre ordination épiscopale, le 24/01/2015 ?
Mgr Célestin : L’étape suivante! Célébrer le jubilé c’est le moment de faire une évaluation. On regarde le passé, pour voir ce qui a été bien fait et en remercier le Seigneur, et voir ce qui n’a pas été bien fait, pour en demander pardon, et puis voir le présent pour projeter le futur. Nous avons fait toute une année en fêtant le jubilé dans les différentes paroisses. Nous avons remarqué les menaces, et évalué nos faiblesses, nos forces ainsi que nos opportunités. Nous avons pris des stratégies pour une pastorale de proximité, pour offrir aux chrétiens des lieux proches, propres et appropriés de prière.
La pluie abondante. J’ai vu dans cette pluie, le signe du ciel. Notre prière « d’avancer en eau profonde » avait été exhaussée. L’essentiel, c’est-à-dire le divin avait été atteint et achevé. Ce qui restait n’était que du secondaire, de l’humain. Les Discours par exemple exagèrent souvent, ou sont pleins des humiliations. Dieu a voulu que nous fassions le reste à notre convenance. Beaucoup de gens ont vu que cette devise convenait à notre diocèse.
DOCICO : Merci Excellence.
Mgr Célestin : Je vous en prie.


Composé par des paroisses détachées des Diocèse de Butare, Kabgayi et Nyundo, ce diocèse fut érigé le 30/03/1999 et confié à Mgr Augustin Misago. Il est reconnu pour la paroisse de Kibeho, le lieu des apparitions de la Mère du Verbe à partir des années 1981. Couvrant une superficie de 2,072 Km2 dont une partie de la forêt de Nyungwe, ce Diocèse compte actuellement 241 049 des baptisés catholiques (46,6% de la population totale), 13 paroisses (au départ il n’avait que quatre), 54 prêtres, 40 grands séminaristes, 65 petits séminaristes au Petit séminaire Virgo Fidelis de Butare et 85 en première année du Petit Séminaire Saint Jean Paul II, son propre séminaire récemment ouvert.

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